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Afrique

Zambie : Hakainde Hichilema, le vacher millionnaire devenu président
Écrit par - Publié le 24/08/2021
  

 

Pour remporter l’élection, celui que ses partisans surnomment « HH » a habilement joué de ses deux facettes : l’homme du terroir issu d’une famille modeste et l’entrepreneur avisé et visionnaire. Il est le vainqueur du scrutin du jeudi 12 août 2021 avec près de 60 % des voix, contre 38 % au président sortant.

Depuis son entrée dans l’arène politique, en 2006, les Zambiens avaient pu constater que Hakainde Hichilema ne manquait ni d’opiniâtreté, cinq fois candidat à la présidentielle pour autant d’échecs, ni de courage, quinze fois arrêté en raison de son engagement politique contre le pouvoir. Pour sa sixième campagne électorale, enfin victorieuse, l’ancien opposant a également montré qu’il maîtrisait les outils d’un bon communicant.

 

Ainsi, il a presque écrit le titre du roman de sa vie : « le vacher devenu président ». Issu du monde rural et d’une famille modeste, Hakainde Hichilema est né le 4 juin 1962 dans la bourgade de Monze, à 180 km au sud-ouest de Lusaka. Un temps gardien du cheptel familial, il rejoint, grâce à une bourse d’Etat, les bancs de l’Université de Zambie, dans la capitale, où il obtient sa licence en économie et administration des affaires en 1986. Après un MBA en finance et stratégie d’entreprise à l’Université de Birmingham, au Royaume-Uni, il fera fortune dans la finance, l’élevage, le tourisme et l’immobilier.

Hakainde Hichilema – surnommé « HH » par ses partisans – joue habilement de ses deux facettes : homme du terroir ancré dans l’histoire et gestionnaire avisé et visionnaire. A l’été 2020, il diffusait un clip de campagne dans lequel il brocardait son adversaire. Le président d’alors, Edgar Lungu (64 ans), était caricaturé comme un gaspilleur de son temps et de son argent, dépensé en alcool et virées en boîtes de nuit. L’opposé, en quelque sorte, de Hakainde Hichilema, dépeint en mari aimant et pratiquant au sein de l’Eglise chrétienne des adventistes du septième jour, gestionnaire raisonnable et père de famille responsable (de trois enfants).

 

« Bally va arranger ça »

Cette stratégie lui a permis d’élargir progressivement son électorat. En 2006, pour sa première tentative, il n’était arrivé qu’en troisième position, avec 25 % des voix. Dix ans plus tard, il perd d’un cheveu face à Edgar Lungu, accusé d’avoir fraudé le scrutin. Preuve que « HH » constitue dorénavant une menace politique à prendre au sérieux, il est arrêté peu après l’élection et incarcéré quatre mois, officiellement pour « trahison ». Ces charges, retenues parce qu’il aurait interdit le passage d’un convoi présidentiel, seront ensuite abandonnées.

 

Parallèlement, « HH » a compris mieux que son adversaire comment s’adresser aux jeunes, en utilisant notamment les réseaux sociaux dans un pays où la majorité des électeurs ont moins de 35 ans. En atteste le succès sur Twitter du BallyWillFixIt, traduisible par « Bally va arranger ça ». Une référence à son autre surnom, « Bally », un mot d’argot affectueux et informel désignant le père et qu’on pourrait traduire par « daron ».

Sa victoire au scrutin du jeudi 12 août est sans appel : près de 60 % des voix, contre 38 % au président sortant malgré une campagne d’intimidation et de violences contre l’opposition. Le taux de participation relativement élevé (70 %) renforce sa légitimité. Après un temps d’hésitation, Edgar Lungu a d’ailleurs renoncé à contester sa défaite. Fidèle à sa ligne modérée, le vainqueur a quant à lui tendu la main au perdant et à ses partisans. « Ne vous en faites pas, leur a-t-il lancé. Vous ne serez pas l’objet de représailles ni la cible de gaz lacrymogènes. »

 

Cette victoire surprise – la plupart des commentateurs s’attendaient à un résultat très serré – ne constitue pourtant pas un blanc-seing. Certes, cette alternance démocratique participe à la stabilité de cette ancienne colonie britannique (la Rhodésie du Nord) soumise, de son indépendance en 1964 jusqu’en 1991, à un régime de parti unique dirigé par Kenneth Kaunda (1924-2021), avant de s’ouvrir au multipartisme. Mais le nouveau chef de l’Etat est attendu sur un autre terrain par les 18 millions de Zambiens.

 

« Il y aura des hauts et des bas »

Il sera en effet jugé sur sa capacité à tenir ses promesses électorales de relancer l’économie et de fournir du travail aux nombreux chômeurs. La Zambie, terriblement dépendante du cuivre – dont elle est le deuxième producteur d’Afrique après la République démocratique du Congo (RDC) –, a subi de plein fouet la chute des cours de cette matière première. L’économie nationale est ainsi placée « sous intense pression », s’est inquiété le Fonds monétaire international (FMI).

 

Après avoir connu des taux de croissance supérieurs à 10 % autour de 2010, le pays est entré en récession en 2020, pour la première fois depuis 1998. Des milliers d’emplois ont été supprimés dans le secteur minier. L’inflation dépasse les 20 % et le déficit budgétaire les 8 % du PIB. Et la Zambie a été le premier Etat africain à connaître un défaut de paiement des intérêts de sa dette extérieure depuis le déclenchement de la pandémie de Covid-19, début 2020.

Hakainde Hichilema a reconnu avoir « une tâche énorme à accomplir pour relancer l’économie et répondre [aux] attentes ». « Le voyage sera difficile et stimulant, a-t-il averti. Il y aura des hauts et des bas, mais je suis certain qu’avec beaucoup de travail et d’engagement, nous réussirons à construire une vie meilleure pour vous et vos enfants. » Le répit pourrait être de courte durée. @LM

 

Article publié et mis en ligne par berger-media.info
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