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Monde

Banque Mondiale : Les remises migratoires ont plutôt bien résisté à la crise de la COVID-19.
Écrit par Berger Media - Publié le 17/05/2021
  

 

Les pays à revenu faible et intermédiaire ont reçu 540 milliards de dollars en 2020, soit 8 milliards de dollars de moins qu’en 2019. Malgré la pandémie de COVID-19, les transferts d'argent des migrants sont restés solides en 2020, avec un fléchissement plus faible qu’anticipé.

Selon la dernière édition de la note d’information de la Banque mondiale sur les migrations et le développement, les envois de fonds officiellement enregistrés vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 540 milliards de dollars en 2020, soit à peine 1,6 % de moins qu’en 2019, quand ils étaient ressortis à 548 milliards de dollars.

 

Ce repli est moins net que lors de la crise financière de 2009, où la baisse des remises migratoires avait atteint 4,8 %. Par ailleurs, le fléchissement est nettement moins brutal que pour les investissements directs étrangers (IDE) vers les pays à revenu faible et intermédiaire qui, compte non tenu de la Chine, ont chuté de plus de 30 % en 2020. Par conséquent, les remises migratoires vers ces pays ont dépassé l'année dernière le total des flux d’IDE (259 milliards de dollars) et d’aide publique au développement (179 milliards).

 

Cette constance des envois de fonds des migrants peut en grande partie s’expliquer par les mesures de soutien budgétaire dans les pays d’accueil, qui ont contribué à une conjoncture économique plus favorable qu’attendu, la généralisation des transactions par voie numérique plutôt qu’en liquide et le recours accru aux canaux formels, ainsi que par les fluctuations cycliques des prix du pétrole et des taux de change. Le volume réel des transferts, formels et informels, est probablement supérieur aux données officielles, même si l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les flux informels est difficile à apprécier.

 

« Alors que la COVID-19 exerce toujours un effet dévastateur sur les familles du monde entier, les remises migratoires confirment leur rôle de planche de salut pour les populations pauvres et vulnérables, souligne Michal Rutkowski, directeur mondial du pôle Protection sociale et emploi de la Banque mondiale. Les mesures d’accompagnement et les systèmes nationaux de protection sociale doivent continuer de favoriser l’inclusion de toutes les communautés, y compris les migrants. »

 

Les remises migratoires en faveur de l’Amérique latine et des Caraïbes ont progressé de 6,5 %, contre 5,2 % pour l’Asie du Sud et 2,3 % pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Mais la situation inverse est observée dans les régions Asie de l’Est-Pacifique (-7,9 %), Europe-Asie centrale (-9,7 %) et en Afrique subsaharienne (-12,5 %). L’effondrement des flux vers l’Afrique subsaharienne est pratiquement entièrement dû au plongeon de près de 28 % des envois destinés au Nigéria. Compte non tenu de ce pays, les remises migratoires vers l’Afrique subsaharienne ont démontré leur résilience, avec une hausse de 2,3 %.

 

La relativement bonne performance des transferts d’argent pendant la crise de la COVID-19 a également souligné l’importance de disposer de données actualisées. Face au poids grandissant de cette source de financement extérieur pour les pays à revenu faible et intermédiaire, il convient d’améliorer la collecte de données sur les envois de fonds en termes de fréquence, de délais de notification et de granularité des informations sur les différents couloirs et canaux utilisés.

 

« La résilience des remises migratoires est remarquable, sachant que cet argent contribue toujours plus à la survie des ménages, rappelle Dilip Ratha, auteur principal de la note et chef du programme KNOMAD. Il ne peut plus être considéré comme de la ‘menue monnaie’. Depuis pratiquement 20 ans, la Banque mondiale suit les migrations et les transferts de fonds et s’emploie, avec les gouvernements et les partenaires, à produire des données en temps voulu et à accroître la productivité de ces fonds. »

 

La Banque mondiale aide ses États membres à suivre l’évolution des flux d’envois de fonds à travers différents canaux, des coûts et des éventuels obstacles au transfert d’argent, tout en analysant l’impact des réglementations visant à protéger l’intégrité financière. Elle collabore avec les pays du G20 et la communauté internationale en vue de réduire les coûts des transferts et d’améliorer l’inclusion financière des pauvres.

 

Dans la lignée du rebond attendu de la croissance mondiale en 2021 et 2022, les remises migratoires vers les pays à revenu faible et intermédiaire devraient augmenter de 2,6 % en 2021, à 553 milliards de dollars, puis de 2,2 % en 2022, à 565 milliards.

 

Malgré les avancées significatives de la plupart des pays à revenu élevé sur le front de la vaccination, le niveau d’infections au coronavirus reste élevé dans plusieurs grandes économies en développement, laissant planer une certaine incertitude concernant l’évolution des transferts de fonds.

 

Enfin, le tarif moyen pour l’envoi de 200 dollars reste élevé, à 6,5 % au quatrième trimestre de 2020, soit plus du double de la cible de 3 % fixée dans les Objectifs de développement durable. Si l’Asie du Sud affiche les coûts les plus faibles (4,9 %), l’Afrique subsaharienne reste la région la plus chère, avec un taux moyen de 8,2 %. Le soutien apporté à l’infrastructure des remises migratoires et visant à préserver ces flux consiste notamment à agir pour réduire leurs coûts.

 

Tendances régionales

 

Les envois officiels de fonds vers la région Asie de l’Est et Pacifique ont reculé d’environ 7,9 % en 2020, pour s’établir autour de 136 milliards de dollars, plombés par la pandémie de COVID-19. La hausse des flux en provenance des États-Unis et de l’Asie a pratiquement compensé la chute des transferts en provenance du Moyen-Orient et d’Europe, qui ont plongé de respectivement 10,6 et 10,8 % en 2020. Les principaux pays bénéficiaires de ces remises migratoires, en part du PIB, sont notamment des petites économies, comme les Tonga (38 %), Samoa (19 %) et les Îles Marshall (13 %). Pour 2021, un faible rebond d’environ 2,1 % devrait être observé, à la faveur de la reprise attendue dans les principales économies d’accueil que sont l’Arabie saoudite, les États-Unis et les Émirats arabes unis. Coûts des transferts : selon la base de données de la Banque mondiale sur les coûts des transferts dans le monde, le tarif moyen pour l’envoi de 200 dollars vers la région a légèrement fléchi au quatrième trimestre de 2020, à 6,9 %. Les couloirs les moins coûteux affichent un taux moyen de 3 %, contrairement aux couloirs les plus onéreux (à l’exclusion du couloir Afrique du Sud-Chine), avec un taux moyen de 13 %.

 

Les remises migratoires vers la région Europe et Asie centrale ont fléchi d’environ 9,7 % en 2020, à 56 milliards de dollars, la pandémie et la faiblesse des cours du pétrole ayant singulièrement pénalisé les migrants de la région. Le passage à vide de 2020 n’est pas sans précédent : les crises de 2009 et 2015 avaient entraîné une chute des transferts vers la région de respectivement 11 et 15 %. Pratiquement tous les pays ont été logés à la même enseigne en 2020. La dépréciation du rouble russe a considérablement réduit la valeur en dollars des flux vers la région. En 2021, les transferts de fonds devraient se replier encore de 3,2 %, les économies de la région ne se remettant que lentement de la crise. Coûts des transferts : le tarif moyen pour l’envoi de 200 dollars vers la région n’a que très légèrement baissé au quatrième trimestre de 2020, à 6,4 %. La Russie reste le pays le moins cher du monde pour les transferts d’argent, avec un taux de 1 % contre 2,1 % auparavant. Les écarts d’un couloir à l’autre sont importants : les opérations les plus coûteuses concernent l’envoi d’argent depuis la Turquie vers la Bulgarie, contrairement aux transferts de la Russie vers la Géorgie, les moins coûteux.

 

Les envois de fonds vers la région Amérique latine et Caraïbes auraient progressé de 6,5 % en 2020, pour atteindre 103 milliards de dollars. Après la chute brutale des remises migratoires en volume au deuxième trimestre de 2020, liée à la pandémie, les transferts ont rebondi aux troisième et quatrième trimestres. Le redressement de l’emploi aux États-Unis, même si le pays n’a pas encore renoué avec les niveaux pré-COVID, explique la hausse des envois de fonds vers le Mexique, le Guatemala, la République dominicaine, la Colombie, l’El Salvador, le Honduras et la Jamaïque, puisque la grande majorité des travailleurs émigrés de ces pays y sont installés. À l’inverse, le fléchissement de l’activité en Espagne a pesé négativement sur les transferts vers la Bolivie (-16 %), le Paraguay (-12,4 %) et le Pérou (-11,7 %) en 2020. Un rebond de 4,9 % des remises migratoires vers la région est attendu en 2021. Coûts des transferts : le tarif moyen pour l’envoi de 200 dollars vers la région est ressorti à 5,6 % au quatrième trimestre de 2020. Mais dans la plupart des couloirs les moins importants, les coûts restent exorbitants : ainsi, le tarif pour envoyer de l’argent vers Cuba est supérieur à 9 % et atteint 11,5 % pour les envois du Japon vers le Brésil.

 

Les transferts d’argent vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont augmenté de 2,3 % en 2020, à environ 56 milliards de dollars — une évolution à imputer essentiellement à la solidité des transferts vers l’Égypte et le Maroc : ils ont grimpé de 11 % dans le cas de l’Égypte, pour atteindre un niveau record de pratiquement 30 milliards de dollars, et de 6,5 % pour le Maroc. La Tunisie a également bénéficié de cette tendance, avec une progression de 2,5 %. Des pays comme Djibouti, le Liban, l’Iraq et la Jordanie ont connu une dynamique inverse, avec un repli supérieur à 10 % en 2020. Pour 2021, les remises migratoires vers la région devraient progresser de 2,6 %, à la faveur d’une reprise modeste dans la zone euro et sur fond de ralentissement des envois en provenance des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Coûts des transferts : le tarif moyen pour l’envoi de 200 dollars vers la région a légèrement baissé au quatrième trimestre de 2020, à 6,6 %. Les écarts d’un couloir à l’autre sont très importants : le coût des transferts depuis des pays de l’OCDE à revenu élevé vers le Liban reste très important, le plus souvent supérieur à 10 %. À l’inverse, il peut s’établir autour de 3 % pour les envois depuis les pays du CCG vers l’Égypte selon les couloirs.

 

Les envois de fonds vers l’Asie du Sud ont augmenté d’environ 5,2 % en 2020, à 147 milliards de dollars, portés par un bond des opérations en faveur du Bangladesh et du Pakistan. En Inde, de loin le premier pays bénéficiaire de ces transferts dans la région, le repli n’a été que de 0,2 % en 2020, à imputer essentiellement à une chute de 17 % des envois provenant des Émirats arabes unis, qui a effacé la bonne tenue des flux originaires des États-Unis et d’autres pays d’accueil. Le Pakistan affiche une hausse d’environ 17 %, grâce en particulier aux envois depuis l’Arabie saoudite, devant l’Union européenne et les Émirats arabes unis. Le Bangladesh a également connu une brusque envolée des transferts en 2020 (+18,4 %) tandis que le Sri Lanka bénéficiait d’un rebond de 5,8 %. À l’inverse, les transferts vers le Népal ont cédé environ 2 %, un recul qui s’explique par le plongeon de 17 % enregistré au premier trimestre de 2020. Pour 2021, les envois de fonds vers la région devraient légèrement fléchir, à 3,5 %, sous l’effet d’un ralentissement de la croissance dans les économies à revenu élevé et une nouvelle baisse de l’émigration vers les pays du CCG. Coûts des transferts : l’Asie du Sud affiche le taux moyen pour l’envoi de fonds le plus faible du monde, à 4,9 % au quatrième trimestre de 2020. Certains des couloirs les moins coûteux depuis les pays du CCG et Singapour, pratiquent des taux inférieurs à la cible de 3 % fixée par les Objectifs de développement durable, grâce à trois facteurs : le volume des transferts, la concurrence et le déploiement de la technologie. Mais dans les couloirs les plus onéreux, les coûts dépassent de loin les 10 %.

 

Les transferts d’argent vers l’Afrique subsaharienne auraient plongé de 12,5 % en 2020, à 42 milliards de dollars — une évolution à imputer quasi intégralement à l’effondrement de 27,7 % des envois de fonds vers le Nigéria, qui représente à lui seul plus de 40 % des flux en faveur de la région. Compte non tenu de ce pays, les remises migratoires vers l’Afrique subsaharienne ont progressé de 2,3 %, portées par le dynamisme des flux vers la Zambie (+37 %), le Mozambique (+16 %), le Kenya (+9 %) et le Ghana (+5 %). En 2021, la hausse devrait se confirmer, à 2,6 %, sous-tendue par une amélioration des perspectives de croissance dans les pays à revenu élevé. Les données sur les remises migratoires vers l’Afrique subsaharienne sont rares et peu fiables, certains pays utilisant toujours la quatrième édition du Manuel de la balance des paiements du FMI, obsolète, au lieu de la sixième édition. D’autres ne communiquent aucune donnée. Des enquêtes téléphoniques à haute fréquence réalisées dans certains pays suggèrent une baisse des envois de fonds pour une grande majorité de ménages, même lorsque les chiffres officiels font état d’une augmentation. Le recours accru aux canaux formels du fait de la fermeture des frontières explique en partie la progression du volume des remises migratoires enregistrées par les banques centrales. Coûts des transferts : l’Afrique subsaharienne reste la région la plus onéreuse pour les transferts d’argent, le tarif moyen pour l’envoi de 200 dollars ressortant à 8,2 % au quatrième trimestre de 2020. Au sein de la région, qui connaît de forts mouvements migratoires intrarégionaux, les transactions depuis l’Afrique du Sud vers le Botswana (19,6 %), le Zimbabwe (14 %) et le Malawi (16 %) restent les plus chères.

 

COVID-19 : l’action du Groupe de la Banque mondiale

 

 

La Banque mondiale, l’une des principales sources de financements et de connaissances pour les économies en développement, prend des mesures rapides et de grande envergure en vue d’aider ces pays à faire face aux conséquences sanitaires, sociales et économiques de la pandémie de COVID-19. Une enveloppe de 12 milliards de dollars est notamment destinée à aider les pays à revenu faible et intermédiaire à assurer l’achat et la distribution de vaccins, de tests et de traitements anti-COVID et à renforcer leurs systèmes de vaccination. Ce financement s’inscrit dans le cadre plus large de la réponse déployée par le Groupe de la Banque mondiale face à la pandémie, qui aide actuellement plus de 100 pays à renforcer leurs systèmes de santé, protéger les ménages les plus pauvres et installer les conditions propices à la préservation des moyens de subsistance et de l’emploi pour les populations les plus durement touchées.

 

 

Article publié et mis en ligne par berger-media.info
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