Côte d’Ivoire : Mr Robert Beugré Mambé nommé premier ministre par Ouatara.

Ce technocrate, réputé pour sa fidélité au président Ouattara, est chargé de former le nouveau gouvernement en remplacement de Patrick Achi.

Robert Beugré Mambé a été nommé premier ministre, lundi 16 octobre, par le président ivoirien Alassane Ouattara, en remplacement de Patrick Achi, démis de ses fonctions le 6 octobre. Dix jours de suspense, pendant lesquels plusieurs noms ont circulé. Patrick Achi serait-il reconduit ? Serait-il remplacé par Fidèle Sarassoro, directeur de cabinet et homme de confiance du président ? Par le porte-parole et secrétaire général de la présidence, Abdourahmane Cissé ? Ce dernier a finalement annoncé, dans une allocution expresse, que le gouverneur du district autonome d'Abidjan, était chargé de former le prochain gouvernement. « C'est une grosse surprise », reconnaît un proche du pouvoir.
A 71 ans, Robert Beugré Mambé n'a rien d'un inconnu. De 2005 à 2010, il préside la Commission électorale indépendante (CEI) et s'oppose fermement au président Laurent Gbagbo avec lequel il ferraille durant des mois sur la composition des listes électorales et les conditions d'organisation de l'élection. A quelques mois d'un scrutin sous haute tension - et qui s'achèvera en une sanglante crise électorale qui fit 3 000 morts, selon l'ONU -, Robert Beugré Mambé est débarqué.En Côte d'Ivoire, les élections locales, marchepied ou tombeau des ambitieux
Il a gardé de cette bataille âpre un lien fort avec l'opposition de l'époque, composée du Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) dont il est issu, et du Rassemblement des républicains (RDR) mené par Alassane Ouattara. Lorsque ce dernier accède à la présidence, en 2011, il nomme l'ancien président de la commission électorale à la tête du district autonome d'Abidjan en 2011, puis ministre chargé des Jeux de la Francophonie en 2016.

Le lien entre les deux hommes se resserre encore lorsque le PDCI-RDA, quitte la coalition au pouvoir en 2018. « Robert Beugré Mambé a été l'un des premiers à choisir le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), Alassane Ouattara ne l'a pas oublié », poursuit l'ancien ministre cité précédemment. Ses rapports avec le PDCI-RDA n'en restent pas moins corrects, d'où la description en apparence contradictoire que fait de ce fils de pasteur un proche du président Ouattara, en homme à la fois « pacifiste, « PDCIste » et loyal ». Cet équilibre lui permet d'être élu député de la commune de Songon (sud) en 2018, puis promu en 2022 vice-président du RHDP. Robert Beugré Mambé s'est toujours montré d'un soutien indéfectible pour le président Ouattara, sa nomination apparaît donc comme une prime à la fidélité.

Rééquilibrer au sommet de l'Etat ?
Ingénieur des travaux publics de formation, Robert Beugré Mambé est aussi un technocrate, chargé des grands ouvrages à Abidjan sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny. Un profil en accord avec la feuille de route fixée par « ADO le bâtisseur », comme est surnommé le président par ses partisans, à ses précédents gouvernements : la construction massive d'infrastructures.

Originaire du sud, né à Abiaté près de Dabou, et un chrétien d'ethnie Atchan (appelée communément Ebrié), M.Beugré Mambé permet enfin de rééquilibrer le sommet de l'Etat, alors que le président de l'Assemblée nationale, Adama Bictogo, la nouvelle présidente du Sénat, Kandia Camara, et le vice-président, Tiémoko Meyliet Koné, sont tous originaires du nord du pays et musulmans.

Selon plusieurs sources, c'est à ce dernier qu'Alassane Ouattara a confié le soin de lui suggérer le nom du nouveau premier ministre. Décision a ainsi été prise d'écarter le sortant, Patrick Achi, avec lequel M. Koné entretenait des relations complexes et dont l'entourage proche d'Alassane Ouattara se méfiait à l'approche de l'élection présidentielle de 2025.

Alors que le vice-président apparaît comme l'un des favoris du président pour lui succéder au terme de son troisième mandat, Robert Beugré Mambé incarne un choix technique plus que politique. Tout sauf un concurrent potentiel. Le nouveau premier ministre, qui a aussitôt démissionné de son poste de gouverneur, devra proposer « dans les meilleurs délais » la composition de son futur gouvernement, annonçait ce matin le communiqué présidentiel. Un gouvernement de technocrates, prédisent les observateurs, conçu pour administrer le pays en attendant que se précise la stratégie du RHDP pour 2025.