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Monde

Entre l’Europe et l’Afrique, la sécurité conditionne l’aide au développement
Écrit par Berger Media - Publié le 29/11/2017
     

Un sommet réunit les dirigeants de l’Union africaine et de l’Union européenne à Abidjan, mercredi et jeudi. Tout faire pour que le sommet entre l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE) ne se focalise pas seulement sur la question des migrations : c’est la consigne répétée, à Bruxelles comme à Abidjan, la capitale économique ivoirienne où doit se tenir, mercredi 29 et jeudi 30 novembre, cette réunion entre les principaux dirigeants des deux continents.

 

« Nous ne souhaitons pas que ce soit le seul thème évoqué, mais il serait surprenant qu’il en soit autrement », regrette un diplomate bruxellois.

La situation des migrants en Libye et les récentes révélations sur les pratiques esclavagistes qui s’y répandent – un « crime contre l’humanité », selon le président français Emmanuel Macron – obligeront la diplomatie européenne à sortir d’un silence souvent embarrassé quant à son rôle dans ce pays et à formuler des propositions « plus concrètes, plus précises » que celles du précédent sommet avec l’Afrique, selon l’un des « sherpas » à l’œuvre sur les conclusions de la rencontre.

 A Malte, en novembre 2015, alors que les naufrages se multipliaient et que la route des Balkans était empruntée par des dizaines de milliers de migrants, les Européens avaient promis à leurs homologues africains 1,8 milliard d’euros pour soutenir l’emploi, les investissements, la lutte contre la radicalisation et la « bonne gouvernance ». Ils évoquaient aussi une politique de mobilité pour certains Africains, avec l’ouverture de canaux légaux de migration. En contrepartie, ils demandaient aux dirigeants africains d’accepter plus facilement le retour de déboutés du droit d’asile.

 

Hasard ? Ce seront, une nouvelle fois, les thèmes des « ateliers » ouverts à Abidjan, même si celui de la radicalisation a cédé la place au concept plus général de « paix et sécurité » et si le fil conducteur des discussions est censé être « la jeunesse ».

« Facteurs déclenchants »

Après Malte, de nombreux diplomates africains exprimaient leur frustration, jugeant que les Européens voulaient surtout faire en sorte que la Turquie maintienne sur son territoire des centaines de milliers de candidats à l’exil, en échange d’une aide financière massive. Un pari difficile, mais qui a globalement réussi.

« Aujourd’hui, nous espérons que l’on pourra évoquer les vraies questions qui se posent à nous et sont les facteurs déclenchants de la migration : la misère, la guerre, la détérioration du climat, en somme, le manque d’espoir », commente un ambassadeur africain à Bruxelles. Il reste toutefois sceptique : certains pays européens veulent avant tout parler des politiques de retour, voire d’une révision de la Convention des Nations unies sur le ­statut des réfugiés.

Evoquant « un virage » dans les liens entre les deux continents, Bruxelles et les dirigeants européens promettent toutefois autre chose : une « vraie relance » de ces relations afin d’œuvrer à la stabilité de l’Afrique.

Sur le plan économique, l’UE évoque des « partenariats », l’amélioration du climat des affaires, une augmentation des investissements et des prêts ou encore une aide au développement des énergies renouvelables. L’éducation doit être un autre axe prioritaire.

Répétant que son sort est, en grande partie, directement lié à celui de l’Afrique, qu’elle reste le principal partenaire économique de celle-ci, ainsi que son premier fournisseur d’aides (21 milliards d’euros au total), son premier investisseur (32 milliards) et le premier garant de sa sécurité (elle finance sept missions civiles et militaires), l’UE ne peut masquer son inquiétude face au rôle grandissant qu’y jouent la Chine, l’Inde, le Japon, voire la Turquie.

« Nous n’agissons pas à l’aveugle »

Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat américain, vient, quant à lui, de réunir les principaux dirigeants africains à Washington pour évoquer des thèmes assez proches de ceux qui seront débattus à Abidjan.

« A l’Afrique de travailler aux solutions. Nous sommes là pour la soutenir, en tant que partenaire stable et fiable, qui entend le rester et se distingue, contrairement à d’autres, par sa proximité », insiste un diplomate européen. Un autre est plus clair encore : « Il est bien entendu de notre intérêt de maintenir un partenariat très étroit. Mais nous n’agissons pas à l’aveugle. Dans le domaine de la sécurité, notamment, les Africains doivent prendre leur part de l’effort que nous fournissons au Sahel et dans la Corne de l’Afrique. »

L’une des priorités d’Emmanuel Macron, lors de ce sommet et de sa tournée africaine, est d’ailleurs d’obtenir que les Européens, mais aussi les Africains, s’engagent à soutenir le projet de coopération G5 Sahel, qui réunit cinq Etats de la région et lie développement économique et questions sécuritaires. Le financement de sa force militaire, censée combattre les groupes djihadistes mais aussi les trafiquants de drogue et de migrants, reste problématique.

Signe des temps, une attaque non revendiquée contre des soldats français a précédé, lundi, l’arrivée à Ouagadougou du président français. Des individus encagoulés à moto ont lancé une grenade contre un véhicule français dans le nord de la capitale du Burkina Faso. Ils n’ont pas atteint leur cible mais ont blessé trois riverains dont un grièvement.LM

 

 

Article publié et mis en ligne par berger-media.info
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