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Afrique

L’Afrique du Sud parviendra-t-elle à se débarrasser de son président Jacob Zuma ?
Écrit par Berger Media - Publié le 05/04/2017
  

Des cadres de l’ANC et des alliés traditionnels du pouvoir réclament la démission du président Jacob Zuma. Mêlé à des nombreux scandales, le chef de l’état est plus isolé que jamais.

 

Il règne, en Afrique du Sud, un microclimat de grand soir où tout se mélange : rage, crainte, excitation, écœurement. Un basculement menace. Ce n’est pas tant la perspective de voir se produire la « révolution » dont se prévaut, depuis deux décennies, le Congrès national africain (ANC, au pouvoir) dans une langue de bois imputrescible, mais plus prosaïquement celle de voir se jouer, très vite, l’avenir du pays sur un nom, celui de Jacob Zuma. En raison des nombreux scandales auxquels le président a été mêlé, sa réputation est un champ de ruines. Le comité d’éthique de l’ANC veut se pencher sur son cas et sévir, l’Eglise anglicane s’est jointe aux appels en faveur de sa démission. La puissante centrale syndicale, la Cosatu, vient aussi de l’appeler à quitter le pouvoir.

 

Depuis le remaniement ministériel décidé par le chef de l’Etat dans la nuit du 30 mars au 31 mars, les lignes de fracture s’élargissent à vue d’œil au sein du parti au pouvoir, tandis que la mobilisation des anti-Zuma s’organise et fait sauter certaines lignes de démarcation politiques. Une grande manifestation anti-Zuma doit avoir lieu vendredi 7 avril et converger vers le siège de l’ANC, rassemblant dans un mélange inédit mécontents du parti et opposants, bourgeoisie blanche et fidèles en majorité noirs de l’ANC, ainsi que des membres des organisations ou partis alliés. La taille de ce front anti-Zuma est difficile à évaluer, mais semble grossir rapidement. Et plus rien ne semble en mesure de freiner le mouvement.

Une prédation généralisée

 

Au moment précis, dans la nuit de jeudi à vendredi, où il annonçait sa décision de purger le gouvernement – près de 20 ministres et ministres délégués ont été remplacés, en particulier le ministre des finances, Pravin Gordhan –, Jacob Zuma a appuyé sur un bouton. Un lourd mécanisme s’est mis en mouvement, des engrenages grincent. L’Afrique du Sud en sortira transformée.

Au niveau le plus élémentaire, l’économie semble exposée à deux chocs de nature différente, mais non contradictoires : d’une part une prédation généralisée, et d’autre part un démantèlement des intérêts blancs dans certains secteurs, comme les banques, les exploitations agricoles et les mines. Dans les deux cas, cela passe, pour commencer, par la décision de faire sauter le verrou qu’incarnait le ministre des finances. Pravin Gordhan, garant de l’orthodoxie budgétaire, l’homme qui rassurait les marchés, a été remplacé par Malusi Gigaba, un « Zuma-boy » dépourvu d’expérience dans le domaine des finances, mais doté d’une approche programmatique tranchante : entamer des « réformes radicales » qui « vont déplaire souverainement ».

La note de l’Afrique du Sud en catégorie spéculative

Standard & Poor’s a presque aussitôt dégradé la note souveraine de l’Afrique du Sud, qui passe en statut « junk » (catégorie spéculative, assortie d’une perspective négative). Moody’s pourrait faire de même rapidement. Le rand, la monnaie nationale, perd de la valeur d’heure en heure, la Bourse pique du nez. « On peut s’attendre à une nouvelle dépréciation du rand face au dollar (– 46 % depuis 2011) et à une hausse des taux d’intérêts à long terme. Cela engendrerait un regain d’inflation et pèserait sur la confiance des ménages. Cette dernière s’est déjà repliée de près de 25 points depuis 2011 et peine à rebondir. Une situation de nature à prolonger la stagnation sud-africaine », écrit, dans une note, Stéphane Colliac, de la société d’assurance-crédit Euler Hermes.

Cette perspective sombre n’explique pas complètement l’éclosion de l’opposition à Jacob Zuma, ancrée dans la lutte entre factions, accélérée par le clientélisme. Cette lutte se déroulait en grande partie en arrière-plan. Mais le courage des anti-Zuma semble avoir été libéré par le déclic du remaniement. Certaines inhibitions sont en train de sauter. L’ANC se fragmente, y compris au sommet du pouvoir. Zweli Mkhize, son trésorier général (qui, à ce titre, a accès à de nombreux secrets et leviers du pouvoir), s’est ouvertement déclaré pour une démission du président, tout comme Gwede Mantashe, le secrétaire général de l’ANC, et le Parti communiste sud-africain (SACP, la deuxième branche de l’alliance tripartite au pouvoir), dont les dirigeants appellent les députés de l’ANC à se rebeller au parlement.

« Mobilisez-vous ! »

 

Après des mois d’atermoiements, Zwelinzima Vavi, ex-dirigeant de la Cosatu (la troisième branche de l’alliance tripartite) poussé dehors par les partisans de Jacob Zuma, a annoncé la création d’une centrale syndicale concurrente et joint sa voix à celles du front anti-Zuma. Zwelinzima Vavi avait été l’un des artisans de l’accès au pouvoir de l’actuel président, qu’il avait surnommé « tsunami » avant d’être lui-même balayé par la vague qu’il avait contribué à faire grossir. Quant à la Cosatu, elle soutient désormais, pour la succession de Zuma, la candidature de Cyril Ramaphosa, le vice-président, qui, lui aussi, a publiquement rejoint le groupe des opposants en déclarant qu’il fallait chasser du pouvoir les « responsables corrompus et voraces ».

Article publié et mis en ligne par berger-media.info
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