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Afrique

Génocide Rwandais : Un ancien rebelle tusti détaille ses accusations contre Paul Kagame.
Écrit par Berger Media - Publié le 07/04/2018
  

 

"Paul Kagame a déclenché le génocide": en accusant l'actuel président rwandais, James Muyandinda se joint à la longue liste d'ex-rebelles tutsi venus témoigner contre leur ancien chef dans l'enquête française sur l'attentat qui a donné le signal des massacres perpétrés par les extrémistes hutu en 1994.

"J'ai reçu des appels de menaces, mais je n'ai pas peur de mourir, car je dis la vérité", assure d'une voix sereine l'ancien militaire de 42 ans, rencontré jeudi à Paris par l'AFP, un an après son arrivée clandestine en France où il a demandé l'asile politique.

 

"Si je la garde pour moi, c'est un poids trop lourd", affirme ce Tutsi né en Ouganda, en livrant un récit dénué de preuves matérielles mais qui s'ajoute à d'autres témoignages plus ou moins concordants.

 

Cet ancien soldat du Front patriotique rwandais (FPR), affecté à l'escorte de leur chef Paul Kagame, affirme avoir eu la garde des missiles qui auraient, selon lui, servi à ses camarades pour abattre l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana au soir du 6 avril 1994 à Kigali. L'attentat, non élucidé, est considéré comme le signal déclencheur du génocide qui fit 800.000 morts selon l'ONU, essentiellement parmi la minorité tutsi.

Cet attentat a poussé aussi en exil des soldats hutus, qui , arrivés dans des camps au Nord Kivu ont massacré des milliers des congolais de la RDC et ont provoqué une guerre qui n’est pas finie.

Au Rwanda, une commission d'enquête en 2009 avait, au contraire, attribué l'attentat aux extrémistes hutu, qui se seraient ainsi débarrassés d'un président jugé trop modéré. Une thèse confortée par un rapport de 2012 d'experts en balistique désignés par la justice française et qui avaient désigné le camp de Kanombe, alors aux mains de la garde présidentielle d'Habyarimana, comme zone de tir probable.

 

Mi-décembre, James Muyandinda a été entendu pour la troisième fois par le juge chargé de l'enquête ouverte en 1998 à Paris. Le magistrat avait aussi convoqué à cette date le ministre de la Défense rwandais James Kabarebe et le possible tireur d'un des missiles, Franck Nziza, deux des sept membres de l'entourage de Kagame mis en examen entre 2008 et 2010 par la justice française. Mais la défense, fustigeant un témoin tardif "non-crédible" et "manipulé", avait refusé cette confrontation.

 

Le juge a clos dans la foulée cette enquête sensible qui empoisonne les relations entre les deux pays, ouvrant la voie aux réquisitions du parquet sur les suites à lui donner, 24 ans après les faits.

 

En mars 2017, James Muyandinda avait été entendu deux fois par le juge antiterroriste Jean-Marc Herbaut."Je venais d'arriver en France et mon principal objectif, c'était de témoigner chez le juge", assure-t-il.

 

Au magistrat, l'ex-militaire décrit comment lui, alors âgé de 17 ans, et ses camarades au QG du FPR à Mulindi, ont chargé les deux missiles SA-16 dans un camion et les ont cachés sous du bois de chauffage, direction Kigali, "lors d'un après-midi entre fin février et début mars". Resté au QG, Muyandinda prétend avoir reçu par la suite le témoignage des tireurs des missiles du 6 avril.

 

Négationniste ?

 

Contesté, ce témoignage s'ajoute toutefois à celui d'anciens responsables du FPR en exil qui accusent leurs anciens frères d'armes. Parmi eux, le général Faustin Kayumba Nyamwasa, lui-même visé par l'enquête française, ou l'ancien chef de cabinet de Kagame, Theogene Rudasingwa.

 

Pourquoi ce témoignage tardif ? "C'était très lourd à porter, mais il n'y avait aucun moyen de quitter l'armée", répond James Muyandinda, citant ses compagnons exécutés ou emprisonnés. En 2008, il dit avoir été missionné pour assassiner un autre gardien des missiles, réfugié en Ouganda où il propageait des accusations sur "les crimes de Kagame".

 

Il en profite pour faire défection et, sous le pseudonyme de Jackson Munyeragwe, se consacre "immédiatement" à témoigner sur une radio d'opposition, qualifiée de "négationniste" par Kigali. Sur son passeport rwandais consulté par l'AFP, aucun visa et aucun autre tampon que ceux de son entrée en Ouganda le 2 octobre 2008.

 

"Ensuite, j'ai essayé de joindre la justice française, mais j'ai été découragé quand Emile Gafarita a été enlevé à la veille de venir témoigner en France", en novembre 2014.Ce compagnon d'armes qui, dans une lettre au juge, affirmait lui aussi avoir eu la garde des missiles, n'a jamais été retrouvé.

 

Article publié et mis en ligne par berger-media.info
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